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HISTOIRE DE LA BOTANIQUE
FACULTE DES SCIENCES 1856 - 1968

Par R. BOURIQUET
Professeur honoraire de Botanique

La chaire de Botanique de la Faculté des Sciences a été créée par décret du 16 mars 1878. Mais l'enseignement de la biologie végétale existait bien avant, même si à cette époque on ne faisait pas, pour l'enseignement, une distinction nette entre les différentes disciplines des sciences naturelles.

C'est ainsi qu'au cours de l'année universitaire 1856 - 1857, M. Lacaze du Thiers, professeur d'histoire naturelle, enseigne à la fois physiologie, anatomie, zoologie et botanique.

Le 3 novembre 1857, la création de la chaire de Minéralogie et de Géologie est la première marque de séparation des différentes disciplines. Cette chaire est confiée au Docteur Faivre, venu de Paris.

Cette même année (1857 - 1858) M. Lacaze du Thiers n'a pu, pour raison de santé, assurer l'enseignement de la botanique au second semestre. Celui-ci fut confié au Docteur Faivre, avec succès d'ailleurs, "ses leçons étaient enrichies de toutes les applications que la médecine et les arts industriels font journellement des plantes et de leurs produits..... ce qui a rappelé le temps où les Lestiboudois illustraient la chaire municipale de Lille".

L'année suivante, M. Faivre est nommé à Lyon, M. Lacaze du Thiers peut reprendre son enseignement de botanique en plus de celui de zoologie. Mais il est envoyé en mission en Afrique. Il est remplacé par le Docteur Dareste de la Chavanne qui après une suppléance à Rennes, est nommé à Lille, où il enseigne au 1er semestre anatomie et physiologie comparée et au 2ème semestre anatomie et physiologie végétale.

Au cours de l'année 1862 - 1863, M. Lacaze du Thiers, revenu d'Algérie, est nommé à Paris. M. de la Chavanne lui succède définitivement et l'année suivante est nommé dans la chaire qu'il occupe. Toutefois les préoccupations scientifiques de M. Dareste de la Chavanne sont surtout zoologiques, il se spécialise dans l'étude de phénomènes tératologiques, puis dans l'histoire naturelle des poissons ; ce qui ne l'empêche pas, encouragé par le comité agricole de Lille, de publier des recherches sur la végétation de la betterave à sucre.

Au cours de l'année 1872 - 1873, M. de la Chavanne est chargé du cours de zoologie au Muséum d'histoire naturelle de Paris ; M. Giard, élève et préparateur de M. Lacaze du Thiers est appelé à lui suppléer ; il enseigne l'anatomie des animaux et la physiologie des végétaux et organise avec le professeur Gosselet des excursions géologiques et botaniques dans toute la région. Mais ses activités scientifiques et ses publications sont du domaine de la zoologie ; il crée d'ailleurs l'Institut de zoologie de Lille et le laboratoire de zoologie maritime de Wimereux.

Dans le même temps ce sont les chimistes qui s'intéressent au sucre de la betterave sucrière, ce qui vaut à M. Violette de recevoir le 27 janvier 1875 la médaille d'or de la Société d'Agriculture de France pour ses travaux sur la betterave.

En 1878 donc, tandis que M. Giard reste titulaire de la chaire de Zoologie est créée la chaire de Botanique, elle est confiée à M. Ch. E. Bertrand, répétiteur de botanique à la Sorbonne, docteur ès Sciences depuis 1874, lauréat de l'Institut.

Les cours ont lieu rue des Fleurs, quant au laboratoire de botanique, dans l'impossibilité de l'installer dans les bâtiments de la Faculté, il est créé à la halle aux sucres. M. Bertrand et son préparateur M. Lignier s'occupent du laboratoire.

M. Bertrand est un spécialiste de l'anatomie des végétaux ; il s'intéresse aussi à la morphologie des cryptogames vasculaires, ce qui le conduit tout naturellement à se passionner pour les plantes fossiles, dont il explore toutes les richesses dans le bassin houiller du Nord - Pas de Calais, avec son préparateur M. Lignier, il créé les premiers éléments d'une collection de paléontologie végétale, la seule autre existant à cette époque étant celle du Muséum d'histoire naturelle de Paris.

Les étudiants et chercheurs qui fréquentent le laboratoire sont nombreux et très vite il faut l'agrandir, toujours dans le cadre de la halle aux sucres.

Le 1er novembre 1887, M. Lignier est nommé professeur de botanique à la Faculté des Sciences de Caen. M. Quéva, trois fois médaille d'or de la faculté lorsqu'il était étudiant, est appelé à le remplacer, il soutient sa thèse et lors de la création du P.C.N. est nommé maître de conférences.

Lorsqu'en 1893, la Faculté des Sciences est transférée de la rue des Fleurs à la place Philippe Lebon, le laboratoire de botanique est transporté de la halle aux sucres dans l'Institut des Sciences Naturelles au 14 de la rue Malus.

Au cours de l'année 1900 - 1901, M. Queva est nommé à Dijon pour occuper la chaire de Botanique vacante, M. Decrock, chef de travaux pratiques à Montpellier est nommé maître de conférences à Lille pour le remplacer. Le professeur et lui même étaient aidés dans leur tâche de laboratoire par deux préparateurs MM. Ducamp et Boubes.

Le 31 octobre 1904, M. Decrok est transféré dans les mêmes fonctions de maître de conférences à la Faculté des Sciences de Marseille. M. Ricome, Docteur ès sciences, chef de travaux pratiques à la Faculté des Sciences de Paris le remplace. Cette même année M. Ch. E. Bertrand est nommé membre correspondant de l'Académie des Sciences.

En 1913, est créé, à côté de la chaire de Botanique, une chaire de Botanique appliquée qui est confiée à M. Ricome.

Une année après, c'est la guerre, M. Ch. E. Bertrand reste seul à pouvoir assurer le service. Le 11 janvier 1915, l'explosion d'un dépôt de munitions provoque des dégâts considérables dans ce quartier de la ville et en particulier à l'Institut de Sciences Naturelles.

L'année suivante le professeur Ch. E. Bertand décède, ayant servi jusqu'au bout, "puisque quelques jours avant sa mort, il réunissait autour de son lit, les élèves du P.C.N. pour leur faire subir pour la dernière fois les examens de botanique".

Le 20 août 1917, le Docteur Fockeu, professeur à la Faculté de médecine et de pharmacie, ancien élève du professeur Ch. E. Bertrand est chargé d'un enseignement de botanique à la Faculté des Sciences.

A la fin de la guerre, M. Ricome est de retour, mais seul pour assurer à la fois les services de Botanique et de Botanique appliquée. En 1919 il est nommé titulaire de la chaire de Botanique générale tandis que M. P. Bertrand (fils du professeur Ch. E. Bertrand) qui fut successivement préparateur de botanique (1907), chef de travaux pratiques (1909) et maître de conférences (1918) est nommé dans la chaire de Botanique appliquée. Simultanément, M. Boubes préparateur en botanique appliquée est transféré au laboratoire de Botanique générale qu'il anime avec M. Morvilliez, pharmacien, licencié ès sciences également préparateur. Ce dernier soutient d'ailleurs sa thèse le 26 avril 1919.

Au cours de l'année 1920 M. Ricome permute avec M. Maige, Professeur de Botanique à la Faculté des sciences de Poitiers, qui vient ainsi à Lille.

En novembre 1920, M. Morvilliez est nommé professeur agrégé à la Faculté de médecine et de pharmacie de Lille, M. de Litardière le remplace comme préparateur. En 1921, grâce à une subvention du département, une station d'essais de semences est annexée au laboratoire de Botanique, ce qui n'empêche par M. Maige de déployer une grande activité de recherche dans le domaine de la cytologie.

En 1923, il est nommé doyen de la Faculté en remplacement du professeur Chatelet. Au cours de l'année 1925 MM. Boubes et de Litardière deviennent assistants, le premier étant chef du laboratoire d'essais de semences.

En 1927 la chaire de Botanique appliquée devient chaire de Paléobotanique, intitulé correspondant mieux aux recherches de M. P. Bertrand, tandis que le titre de la chaire de Botanique se transforme en celui de Botanique générale et appliquée, plus adapté aux diverses formes d'activités du service. M. Hocquette est nommé préparateur, sa thèse sur la végétation et la flore du littoral est soutenue en 1928.

Le 22 mars 1929, le ministère, reconnaissant les services rendus aux agriculteurs par la station d'essais de semences, élargit le cadre de son activité et crée l'Institut d'essais de semences et de recherches agricoles. Cette même année, M. de Litardière est nommé chef de travaux pratiques et M. Hocquette assistant, à son tour il deviendra chef de travaux en février 1931.

Le 15 août 1931 est créé l'Institut agricole, qui est un institut d'Université, ses statuts présentent le grand intérêt de réaliser la collaboration officielle entre les services d'enseignement de deux grandes administrations : l'Agriculture et l'Instruction publique. C'est l'époque où le parlement manifeste sa volonté de développer l'enseignement postscolaire agricole. A Lille, il est intégré à l'Institut agricole nouvellement créé et comprend :

     1°) une section d'enseignement agricole, dont le but est de former des maîtres aptes à donner l'enseignement postscolaire dans les cours complémentaires

      2°) une section de préparation au brevet agricole

      3°) une section d'enseignement supérieur de sciences appliquées à l'agriculture, comprenant des services de recherches de botanique agricole et de chimie agricole et des enseignements de même nature sanctionnés par des certificats de licence.

La création de ce nouvel institut, dont M. Maige est le directeur, nécessite l'extension des bâtiments, ce qui se réalise par la surélévation de l'Institut de Botanique.

M. Deloffre devient assistant de botanique et en juillet 1932, la chefferie de travaux de botanique générale et appliquée, occupée par M. Hocquette est transformée en maîtrise de conférences de botanique agricole et M. Hocquette devient directeur du laboratoire d'essais de semences et de recherches agricoles dont les nouveaux locaux sont inaugurés en mars 1934 en présence des représentants de l'Université, du Conseil Général, de l'Office agricole du Nord et de nombreuses associations agricoles.

Malgré ces initiatives importantes dans le domaine appliqué et les relations étroites avec le monde agricole, le laboratoire de Botanique générale avec M. Maige et son assistant M. Deloffre, n'en continue pas moins des recherches importantes dans le domaine de la cytologie fondamentale, concernant en particulier les plastes et la physiologie du noyau des cellules. Ces recherches valent à M. Maige d'être élu en 1935 correspondant de l'Académie des Sciences. Cette même année, Mme Poix est nommée assistant et participe à des recherches sur le houblon.

Le 1er novembre 1937 M. Hocquette, maître de conférences est nommé professeur de Biologie végétale et agricole et le 1er février 1938, Mme Hocquette, assistant au laboratoire de parasitologie de la Faculté de médecine et de pharmacie est transférée dans les fonctions d'assistant de biologie végétale et agricole à la Faculté des Sciences.

Le 5 octobre 1939, M. Deloffre soutient sa thèse intitulée "Recherches cytologiques sur Lupinus angustifolius".

Malgré les difficultés dues à la guerre, les activités tant d'enseignement que de recherches ont essayé d'être maintenues, Mme Poix assistant est chargée, par intérim, de la direction de la station d'essais de semences.

Le 30 septembre 1943 M. Maige après avoir été pendant 19 ans doyen de la Faculté part en retraite, mais il n'en profitera pas longtemps puisqu'en novembre il décède, c'était non seulement un brillant cytologiste, mais il orienta aussi ses laboratoires vers tout ce qui intéressait l'économie régionale.

M. Hocquette est alors muté, à sa demande de la chaire d'Université de Biologie végétale et agricole dans la chaire d'Etat de Botanique générale et appliquée, en plus de l'Institut d'essais de semences, il devient directeur de l'Institut agricole. Par suite du manque de personnel enseignant, dès 1943 M. Deloffre avait été chargé de conférences de biologie végétale, en 1944 il est nommé maître de conférences de botanique agricole et botanique PCB, son laboratoire joue un rôle important pour la remise en culture des régions de Flandre maritime inondées par l'armée allemande. M. Deloffre est d'ailleurs chargé en juin 1946, par le ministère de la reconstruction, d'une mission en Hollande pour la remise en culture des terres inondées par l'eau de mer.

En 1946, M. Froment, attaché de recherches, vient renforcer le potentiel de recherches du laboratoire de botanique générale, il étudie la flore du Nord de la France, en particulier celle des tourbières. En novembre 1947 M. Hocquette fonde la Société de Botanique du Nord de la France, dont le siège est à l'Institut de Botanique, outre les communications des membres de la société, celle-ci organise des conférences qui complètent l'enseignement traditionnel reçu par les étudiants.

En 1948 M. Deloffre est nommé professeur sans chaire et M. Froment chef de travaux, fin février 1953 toutefois, M. Deloffre est obligé d'interrompre son service, à son retour d'une mission à Londres, où il avait été appelé en consultation par le ministre d'agriculture de Grande Bretagne, en raison de sa haute compétence sur les procédés de remise en culture des terrains inondés par l'eau de mer. Cette année 1953 il décède prématurément à l'âge de 52 ans. A cette époque M. Caumartin : soutient sa thèse "Contribution à l'étude du phosphore chez les graminées". Au mois d'octobre 1953, M. Lebègue qui était assistant à Paris est appelé à succéder à M. Deloffre dans la maîtrise de conférences de biologie végétale PCB et chimie agricole. Mr Lebègue spécialiste d'embryogénie végétale à continué ses recherches dans ce domaine ; à son laboratoire sont rattachés M. Froment chef de travaux pratiques, Mme Poix et M. Manant assistants.

En 1955 M. Caumartin, professeur à l'école normale d'Amiens est nommé chargé de conférences au SPCN. C'est d'ailleurs l'époque où M. Caumartin modifie son orientation de recherche vers la biospéléologie. En 1958 M. Lebègue est nommé professeur sans chaire et M. Montuelle assistant de botanique. Le 1er novembre 1958 M. Lebègue devient directeur du Collège scientifique universitaire d'Amiens et le 1er octobre 1959 professeur titulaire dans le cadre de ce C.S.U, tandis que M. Linder, généticien venant de Strasbourg est nommé maître de conférences.

Le nombre des étudiants augmente considérablement, non seulement en 1er cycle (PCB, SPCN) mais aussi en licence, aussi deux postes d'assistants sont créés dans le cadre de l'Institut de Botanique, y sont nommés Mlle Tylski et Mr Delay. Le 1er octobre 1961 est créée une maîtrise de conférences pour couvrir en particulier les besoins d'enseignement en physiologie végétale, ce qui permet de créer à Lille un laboratoire de culture "in vitro" des tissus végétaux, à la même époque sont nommés maîtres assistants Mme Hocquette et M. Montuelle et M. Henry assistant.

Au cours de l'année 1962 - 1963 la Faculté s'organise en départements, M. Hocquette est élu directeur du département de biologie qui regroupe les services de biologie animale et végétale. Dans le cadre de l'Institut de Botanique de nouveaux postes d'assistants sont créés, où sont nommés MM Dubois, Jean et Rambour.

Le nombre d'étudiants allant croissant et en attendant la construction de la nouvelle faculté, à la rentrée 1964 est réalisée une "opération d'urgence" pour accueillir les propédeutiques scientifiques dans des bâtiments, en principe provisoires, installés à la périphérie du futur campus.

Le 7 mai 1965 M. Montuelle soutient sa thèse intitulée "Bactéries hébergées par les plantes supérieures. Leur localisation, leur métabolisme et ses rapports avec celui de la plante hôte". Devant l'afflux des étudiants, de nouveaux postes d'assistants sont créés puis en octobre 1966 deux maîtrises de conférences où sont nommés simultanément M. Guillaume, microbiologiste venu de l'Institut Pasteur de Lille et M. Lacoste, cryptogamiste originaire de la faculté des sciences de Toulouse.

Pendant l'été, les différents services de sciences naturelles déménagent de Lille à Annappes et le 30 novembre 1966 à 15 h dans l'amphithéâtre Buffon, en présence de l'ensemble du corps professoral, des corps constitués, de nombreuses personnalités locales et régionales représentant le monde économique, si ce n'est pas encore l'inauguration de l'ensemble du complexe universitaire, c'est néanmoins la séance d'ouverture des cours de sciences naturelles sur ce campus qui deviendra l'Université des Sciences et Technologies de Lille.

R. BOURIQUET 1996

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