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La Sicile : Mythes grecs, évènements et personnages légendaires [ M.T. POURPRIX ]

jeudi 14 décembre 2006 par MT.POURPRIX

Suite au voyage de l’ASA-USTL en mai 2006

De nombreux lieux de Sicile ont été le théâtre d’évènements anciens, de mythes et de légendes grecques qui fondent notre culture. J’ai voulu en savoir davantage, et pour mieux comprendre, je l’ai écrit.

Marie-Thérèse Pourprix, le 4 octobre 2006

Table des matières

<a id="p1"></a> Préambule.

Les mythes grecs sont des histoires prodigieuses, tragiques, infantiles, naïves, paradoxales, incroyables. Ils permettent une représentation et une explication du monde. D’origines multiples, ils évoluent au grès des invasions, des changements de régimes politiques. Ainsi, Dionysos, dieu indo-européen, est introduit sous Pisistrate. Les Romains récupèrent les dieux Grecs et latinisent leur nom. Connus dès le IXe siècle av. JC, les mythes grecs puis romains disparaîtront en tant que croyance avec le christianisme, vers le IVe siècle ap. JC. Mais ils resteront étonnamment présents dans les arts et la culture universelle, leur intervention comme mode d’expression en psychanalyse suffit à le montrer. Une autre cause du déclin de la croyance en ces dieux est l’évolution des connaissances. Ainsi le mythe d’Hélios (le soleil) perd peu à peu de son importance. En effet Archytas de Tarente (-430,-348), ami de Platon, impose l’hypothèse de la sphéricité de la terre. Et Aristarque de Samos, (-310,-230), philosophe pythagoricien, envisage la rotation de la terre autour du soleil (fixe) et mesure les dimensions relatives et les distances entre la terre, la lune et le soleil.
Les dieux grecs sont à l’image des hommes, ils leur sont familiers et ne sont pas craints. Mais ils permettent de fonder une communauté et de donner aux prêtres une place majeure et un pouvoir crucial dans la société.
Des comptoirs grecs s’installent autour de la Méditerranée, et en particulier en Sicile, dès le VIIIe siècle av. JC. La culture grecque atteint son apogée au Ve siècle av. JC avec l’invention du théâtre puis celle de la démocratie. La guerre du Péloponnèse et le désastre des expéditions de Sicile marquent un tournant pour la puissance d’Athènes. Cependant la culture et la langue grecques sont omniprésentes dans le monde méditerranéen jusqu’au IIIe siècle ap. JC. La Sicile, située au centre de ce monde, occupe une position clé où toutes les influences se côtoient.

<a id="p2"></a> Les contours de la Sicile

Dans l’antiquité, les lièvres avaient dévasté plusieurs pays, dont la Sicile. Pour conjurer le mauvais sort, la constellation du Lièvre, près d’Orion, a été dessinée de la même forme que la Sicile, comme pour la protéger de ce rongeur.

<a id="p3"></a> TRAPANI et les premiers mythes

Les Titans et les Cyclopes sont les fils d’Ouranos (le Ciel) et de Gaia (la Terre).
Il y a 12 Titans : 6 Titans : Océanos, Coeos, Crios, Hypérion, Japet, Cronos, et 6 Titanides : Théia, Rhéa, Thémis, Mnémosyne, Phoibé, Téthys. Les dieux de la Titanomachie sont de même rang, ils ne sont pas mortels.
Cronos, le cadet des Titans de la mythologie grecque, est coincé ainsi que ses frères et sœurs dans le ventre de sa mère, Gaia. Celle-ci arme Cronos d’une faucille, avec laquelle il châtre son père, Ouranos, et jette ses attributs à la mer, créant ainsi la cité de Trapani au pied du cap Drepanon. D’autres récits disent que le pénis d’Ouranos, jeté à la mer, se transforme en écume d’où émerge Aphrodite.
Le sang d’Ouranos féconda de nouveau Gaïa qui engendra les Géants, les Erinyes et les Nymphes des Frênes (les Méliades, mères des Hommes).

<a id="p4"></a> Les Olympiens

Cronos s’unit à sa sœur Rhéa, et en a de nombreux enfants dont des fils tels Poséidon l’aîné, Moloch, Hadès, Zeus, et des filles telles Déméter, Hestia, Héra, Aphrodite. Cronos dévore ses enfants dès leur naissance. Zeus, le dernier né, est sauvé par sa mère qui cache le nouveau-né en Crète, près du fleuve Triton, où il est nourri par la chèvre Amalthée. La peau d’Amalthée deviendra l’égide c’est-à-dire le bouclier de Zeus [1] et l’une de ses cornes deviendra la corne d’abondance. Zeus, devenu adulte, oblige son père à restituer ses frères et sœurs et provoque leur révolte contre les Titans. Zeus, ainsi que ses frères, aidés des cyclopes, des Hécatonchires (à cent bras) et d’autres dieux comme Prométhée, se retranchent sur l’Olympe, sont vainqueurs et précipitent les Titans dans le Tartare (région la plus profonde du monde, sous les enfers) gardé par les Hécatonchires.

<a id="p5"></a> La SICILE convoitée par Déméter et Héphaïstos

La Sicile, terre de volcans et de blé, est convoitée par Héphaïstos, fils de Zeus et de Héra, et par Déméter, sœur de Zeus. Aetna, fille d’Ouranos et de Gaia, intervint comme arbitre entre eux. Les plus beaux mythes grecs de la Sicile ont Déméter et Héphaïstos pour héros.

<a id="p6"></a> La SICILE et les géants Encelade et Typhon

Les Géants sont doués d’une force exceptionnelle, mais sont mortels. Leur assaut contre les Olympiens est appelé la Gigantomachie. Les Géants perdent et sont exterminés. Le géant Atlas, fils de Japet et Clyméné, qui a combattu contre Zeus, est condamné par Zeus à porter le ciel éternellement, du haut du mont Atlas.
Encelade, est un des géants, qui, dans la légende, attaquent les Olympiens. Encelade déserte le champ de bataille, Athéna l’écrase en l’ensevelissant sous la Sicile que lance sur lui, tel un caillou, la déesse. Les contorsions d’Encelade provoquent les tremblements de terre en Sicile.
Typhon (ou Typhée) est un géant, fils, suivant les légendes, de Gaïa et de Tartare, ou d’Héra toute seule, ou d’un œuf que Cronos a enduit de sa semence, donné à Héra pour se venger. Monstre à cent têtes de serpent, Typhon est couvert de vipères à partir de la ceinture et jusqu’en bas. Il a été élevé par Python. Typhon engendre l’Hydre de Lerne, Chimère, etc. Plus grand que les montagnes, sa tête touche les étoiles, ses bras touchent l’Ouest et l’Est. Quand ils le voient, les dieux apeurés fuient en Egypte et gagnent le désert où ils prennent des formes animalières : Apollon en ibis, Dionysos en bouc, Arès en poisson, Hermès en chien, Héphaïstos en bœuf, etc. Seuls Zeus et Athéna lui font face. Zeus et Typhon se battent, Typhon coupe les tendons et les muscles de Zeus et les cache. Hermès et Pan les dérobent et les remettent en place sur le corps de Zeus. Zeus poursuit alors Typhon qui s’enfuit, traversant la mer de Sicile. Zeus lance sur lui le mont Etna qui l’écrase. Ainsi on explique les flammes qui s’échappent de l’Etna soit par celles du monstre Typhon, soit par les foudres de Zeus contre lui. Typhon neutralisé, Zeus peut dès lors parachever et pacifier le monde et régner sur les dieux et les hommes avec ses deux frères : Hadès qui obtient les enfers et Poséidon qui obtient la mer.

<a id="p7"></a> ERYX et MARSALA, Aphrodite, Orphée et les Argonautes

Orphée, poète musicien, enchanteur absolu, a accompagné les Argonautes. Lors du passage près du rocher des Sirènes, Orphée chante une mélodie si belle que les Argonautes n’ont pas envie de se rendre au chant des Sirènes. Seul, Boutès, un argonaute sensuel, gagne à la nage le rocher des magiciennes, mais risque de se noyer en poursuivant les Sirènes à la nage. Aphrodite le sauve, s’unit à lui et en a un fils Eryx. Aphrodite transporte ensuite Boutès à Lilybée (Marsala), Boutès ne reverra plus jamais Athènes. Le navire Argo poursuit alors son chemin, passant heureusement de Charybde en Scylla au détroit de Messine, puis les argonautes côtoient les îles errantes (Eoliennes) au dessus desquelles s’élève une fumée noire (il s’agit des volcans Stromboli et Vulcano).
On dit aussi qu’Eryx serait le fils d’Aphrodite et de Poséidon.
Plus tard, Orphée va rechercher sa compagne, Eurydice, morte d’une piqûre de serpent, aux enfers. Hadès et Perséphone, subjugués par ses chants, lui rendent Eurydice à condition que, la conduisant hors des Enfers, il ne se retourne pas. Orphée, désireux de s’assurer de la présence d’Eurydice derrière lui, se retourne et perd sa femme pour toujours.
On raconte aussi qu’Aphrodite alla rechercher Adonis, qu’elle aimait et qui avait été tué par un sanglier, aux enfers, chez Hadès. Zeus permit qu’Adonis passe une partie de son temps auprès d’Aphrodite et l’autre partie auprès de Perséphone, aux enfers.
A Erice, ville située au pied du Mont Eryx, il y avait un fameux temple où la même déesse, sous différents noms, était honorée : d’abord les Phéniciens vénéraient Astarté, puis les Grecs Aphrodite, puis les Romains Vénus. Aphrodite était entourée de jeunes hiérodules qui se prostituaient aux visiteurs du sanctuaire. On raconte qu’Aphrodite se plaisait à cet endroit où elle recevait souvent son neveu, Apollon. Elle quittait cependant régulièrement Eryx pour la Libye où elle était honorée dans de nombreux temples. Elle partait alors, escortée de ses colombes et son retour était annoncé par l’une d’elles qui la devançait de quelques jours.

<a id="p8"></a> Déméter et Perséphone à ENNA

Voici comment les Grecs racontaient le passage de l’hiver à l’été et l’existence des saisons.
Déméter, fille de Cronos et de Rhéa, est la déesse de la fécondité, elle est représentée par l’épi de blé, le narcisse et la pavot. Kôré est la fille de Déméter et de Zeus. Hadès, frère de Zeus, est le dieu des enfers, il porte le casque magique qui le rend invisible. Hadès tombe amoureux de Kôré. Avec la complicité de Zeus, il l’enlève alors qu’elle cueille des fleurs accompagnée d’Artémis et d’Athéna, dans les montagnes de la plaine d’Enna [2]. Kôré, aux bras blancs, s’élance pour cueillir un narcisse quand, tout à coup, la terre s’ouvre et l’entraîne dans le monde des enfers. Là, elle reçoit de la main d’Hadès un pépin de grenade qu’elle consomme, et ce geste symbolise l’acceptation de son union à Hadès. Il la fait reine des enfers, sous le nom de Perséphone (ou Proserpine). Mais ils n’auront aucune descendance. Déméter, qui a entendu le cri de sa fille au moment de son enlèvement, se met alors à parcourir la terre à la recherche désespérée de sa fille. Les cheveux en désordre, vêtue de voiles sombres, tenant des torches ardentes, elle délaisse la fécondation de la terre et se réfugie à Eleusis, près d’Athènes [3] . Devant le désastre, Zeus somme Hadès de renvoyer Kôré auprès de sa mère une partie de l’année. Hermès fait l’intermédiaire : Kôré restera aux enfers un tiers de l’année et sera auprès de sa mère le restant du temps. Ainsi chaque fois qu’elle retrouve sa fille, Déméter féconde la terre qui reprend vie, mais lorsque sa fille retourne aux enfers, Déméter délaisse la terre qui se met au repos.

<a id="p9"></a> Minos et Dédale à AGRIGENTE

Voici la légende de Minos poursuivant en Sicile son ingénieur Dédale échappé du labyrinthe qu’il avait construit pour le Minotaure.
Minos, fils de Zeus et d’Europe, roi de Cnossos c’est-à-dire roi de Crête, demande à Poséidon de faire sortir un taureau de la mer pour montrer sa puissance à son frère, Sarpédon, qui lui conteste le trône de Crête. Son vœu est exaucé, un taureau blanc sort des ondes. Mais Minos omet de le sacrifier aux dieux. En représailles, Poséidon rend alors le taureau blanc furieux et en rend amoureuse Pasiphaé, femme de Minos. De cette union naît le Minotaure. Le taureau blanc, qui dévaste le pays de Minos, est dompté et ramené à Mycènes par Héraclès. Minos perd son fils, Androgée, en Attique dans des circonstances suspectes. Il dévaste alors l’Attique puis pose ses conditions : Athènes, ville d’Egée, doit lui livrer tous les 9 ans, 7 jeunes gens et 7 jeunes filles qu’il livrera en pâture au Minotaure. Thésée, fils d’Egée, part à ce titre. Dédale architecte, sculpteur et inventeur légendaire d’Athènes, se rend à Cnossos où Minos lui fait construire le labyrinthe pour le Minotaure. Thésée séduit Ariane, fille de Minos et de Pasiphaé ; elle lui donne la pelote de laine qui lui permet de sortir du labyrinthe après avoir tué le Minotaure. Thésée reprend la voile vers Athènes avec Ariane. Il l’abandonne sur l’île de Naxos, elle épousera Dionysos. Thésée oublie de hisser les voiles blanches en vue d’Athènes : Egée, désespéré, se jette dans la mer qui porte désormais le nom de mer Egée. Thésée épouse ensuite Antiopé, la reine des Amazones, puis Phèdre, la fille cadette de Minos. Phèdre tombe amoureuse d’Hippolyte, fils de Thésée et d’Antiopé. Thésée appelle la colère de Poséidon sur Hippolyte qui meurt. Phèdre se suicide.
Soupçonné d’avoir aidé Thésée à fuir du labyrinthe, Dédale est à son tour enfermé par Minos dans le labyrinthe. Il s’en échappe en s’envolant avec des ailes de cire qu’il fabrique aussi pour son fils Icare. Ce dernier, attiré par le soleil, laisse fondre ses ailes et tombe dans la mer. Dédale, seul, arrive à tire d’aile en Sicile, au Nord de la Sicile, à Sant’Angelo. Minos, que l’évasion de Dédale rend fou de rage, le retrouve grâce à une feinte : il propose une forte récompense à qui pourrait faire passer un fil dans les circonvolutions d’une coquille d’escargot. Cocalos, roi des Sicanes [4] , propose le défi à Dédale qui trouve la solution : il suffit de mettre un fil à une patte de fourmi qui ira au fond de la coquille. Minos devine que c’est Dédale qui a trouvé la solution, il se rend en Sicile, mais le roi Cocalos affronte Minos et refuse de livrer Dédale. Minos est finalement ébouillanté au bain par les filles de Cocalos, à Agrigente, où Dédale avait construit une salle de bain pour le roi.

<a id="p10"></a> AGRIGENTE et les Tyrans

Des tyrannies (ou prises du pouvoir par la force) s’instaurent à la tête des grandes villes de Sicile entre la fin du VIIe et le début du Ve siècle av. JC. Phalaris, natif d’une île du Dodécanèse, s’empare du pouvoir à Agrigente, entre –570 et –554, en s’appuyant sur des ouvriers révoltés qu’il avait enrôlés. Il fait rôtir ses opposants dans un taureau d’airain chauffé à blanc. Il aurait écrit les Lettres qui font l’apologie de la tyrannie.

<a id="p11"></a> Empédocle à AGRIGENTE

L’époque d’Empédocle est opulente pour Agrigente, au lendemain de la bataille d’Himère (-480), où des villes siciliennes coalisées ont vaincu les Carthaginois et se sont emparé de leurs trésors. Personnalité importante et excentrique d’Agrigente, défenseur de la démocratie, Empédocle (-490,-435) est philosophe, poète, hygiéniste, urbaniste, savant, thaumaturge (c’est-à-dire faiseur de miracles). Il est le premier à donner comme principe physique de toutes choses les quatre éléments : l’eau, le feu, la terre, l’air. Ces éléments se rapprochent grâce à l’Amour et la Haine les éloigne. « Rien ne devient ou ne disparaît : il existe seulement un mélange ou une séparation des choses existantes et, par conséquent, au lieu de périr ou de dépérir, tout se compose et se décompose ». Des épidémies sévissant à Sélinonte du fait de la proximité de marais, on fait venir Empédocle, déjà auteur d’un traité sur les Purifications. Il assainit la région et reçoit l’hommage enthousiaste de la population. Une monnaie est frappée portant, d’un côté, le fleuve Sélinous, de l’autre, Apollon, dieu purificateur, flanqué de sa sœur Artémis, sur un char, tirant de l’arc sur les pestilences dont il délivre la région par l’intermédiaire d’Empédocle. Plus tard, Empédocle fut banni et dut se réfugier dans le Péloponnèse. D’après la légende, il mourut en se jetant dans l’Etna pour y rejoindre les divinités infernales et une de ses sandales rejetée par le volcan attesta de sa mort.
Gorgias célèbre sophiste, élève d’Empédocle, vécut près d’Agrigente, à Léontinoi.

<a id="p12"></a> Poètes grecs en Sicile : Sappho, Eschyle à GELA et Pindare

Sappho, la célèbre poétesse grecque (-VIIIe, -VIIe siècle), aristocrate surnommée la « dixième muse » par Platon, dirige à Lesbos (d’où « lesbienne ») une école de poésie et de musique fréquentée par les jeunes filles de bonne famille de Mytilène. Les régimes tyranniques l’obligent à s’exiler en Sicile à l’époque où y sont construits, ainsi qu’en Italie du Sud, les plus beaux temples grecs.
Eschyle a fait de longs séjours en Sicile. Il s’y retira dépité de n’avoir pas reçu le concours de poésie dramatique remporté par Sophocle. Eschyle a écrit la première tragédie connue, Les Perses. Cette pièce est représentée à Syracuse en – 472. Elle met en scène les vieillards perses atterrés de l’expédition désastreuse des Perses, conduits par Xerxés, et appelant Darius à leur secours. Les victoires des Grecs à Salamine, contre les Perses, et à Himère en Sicile, contre les Carthaginois, eurent lieu, selon la légende, le même jour (27 ou 28 septembre 480 av. JC), ce qui marqua beaucoup les esprits. Eschyle mourut à Géla en – 456. Sa mort est restée légendaire : un aigle portant une tortue prit le crâne dégarni d’Eschyle pour un rocher et lâcha sa proie dessus pour briser sa carapace, tuant Eschyle.
Le poète Pindare (-518,-440) de Thèbes, qui compose des odes triomphales, séjourne fréquemment en Sicile, appelé par Théron d’Agrigente et Gélon de Syracuse.

<a id="p13"></a> SYRACUSE, Denys l'ancien et l'épée de Damoclès

Syracuse est longtemps la plus riche ville du bassin méditerranéen. Après l’affrontement d’Athènes et de Sparte lors des guerres du Péloponnèse (-431, -404), ce monde est partagé entre Sparte, le roi de Perse et Denys l’ancien (-430,-367) de Syracuse, allié de Sparte. Dénommé l’ « Alexandre d’Occident », Denys a réussi à réunir les Grecs de Sicile et d’Italie du Sud, à unifier et à helléniser les pays soumis. Il instaure une dictature militaire à Syracuse. Il se rend maître de tout l’Est de la Sicile, combat contre Carthage, s’empare de villes au Sud de l’Italie comme Crotone [5] et fonde Ancône, Adria. Il s’entend avec les Gaulois qui viennent de prendre Rome. Très méfiant, il réside dans sa forteresse d’Ortygie à Syracuse, ne quitte jamais sa cuirasse et se méfie de tous, même de ses barbiers. Damoclès (qui est bègue) l’ayant félicité de sa gloire et de son bonheur, Denys lui offre un banquet somptueux. Au cours de ce banquet, Denys fait remarquer à Damoclès l’épée suspendue par un crin de cheval au dessus de lui. Denys se pique de poésie. Invité à Athènes qui le fait couronner pour sa pièce La rançon d’Hector, il en meurt d’émotion.

<a id="p14"></a> Platon à SYRACUSE

En –399, Socrate est condamné, lors de son procès, à boire la ciguë. Platon (-427,-347), son élève, doit alors s’éloigner d’Athènes. Il rejoint Euclide à Mégare (sur l’isthme de Corinthe), puis gagne l’Egypte, la Cyrénaïque (la Libye actuelle), Tarente en Italie du Sud, puis Syracuse en Sicile où Denys l’ancien l’accueille comme célébrité grecque. La liberté de ton de Platon, qui, comme son maître Socrate, ose pourfendre les incompétences et les réputations usurpées, lui vaut de devenir vite gênant. On le hisse dans un bateau spartiate (Sparte est l’alliée de Syracuse et l’ennemie d’Athènes) qui le dépose dans l’île d’Egine où l’esclavage l’attend. Heureusement un riche Cyrénaïque rachète Platon qui regagne Athènes où il fonde l’« Académie ». Vingt ans plus tard, en –367, le fils de Denys règne à Syracuse, c’est Denys le Jeune. Platon, âgé de 60 ans, est persuadé que Dion, son émule, neveu de Denys le jeune, formé à Syracuse lors de son premier voyage, va mettre en œuvre ses idées sur la politique. Il n’en est rien. Dion est exilé, Platon, bien que couvert d’honneurs, est en fait pris en otage. Il est enfin libéré mais doit jurer de revenir. Il revient effectivement six ans plus tard, espérant obtenir le rappel de Dion. Cette fois, les évènements sont encore plus tragiques. Il faut l’intervention d’Archytas, gouverneur de Tarente, pour que Platon puisse regagner Athènes. Platon y écrit alors Les Lois, texte régissant la Cité future. Dion est tué en –354, par un de ses partisans, en essayant de rejoindre la Sicile.

<a id="p15"></a> Pyrrhus à SYRACUSE

Pyrrhus, roi d’Epire [6] , (-319, -272), chasse les Carthaginois de Sicile. Proclamé roi de Syracuse, il provoque l’hostilité de Carthage. L’île s’allie alors à Rome contre lui. Pyrrhus doit repasser le détroit de Messine. Pyrrhus le meilleur général grec de son temps, mais piètre politique, hésite à combattre à l’Ouest ou à l’Est. Il remporte des victoires très sanglantes à Héraclée (-280) (25 000 hommes et 20 éléphants) et à Ausculum (-279) où il s’allie à Tarente contre Rome. Les légionnaires romains sont effrayés par ses éléphants. Ses victoires lui coûtent de telles pertes qu’il s’écrie : « encore une autre victoire comme celle-là et je rentrerais seul en Epire » ! (victoire à la Pyrrhus). Il meurt lors du siège d’Argos dans un combat de rue, une vieille femme l’ayant atteint d’une tuile.

<a id="p16"></a> Archimède à SYRACUSE

Archimède, le plus grand savant de l’antiquité, est né à Syracuse. Il y passe une grande partie de sa vie (-287, -212) et séjourne à Alexandrie. On lui doit, en particulier, l’invention de l’hélice, une méthode du calcul de \piavec autant de précision que l’on veut, et la formulation du principe de la « poussée d’Archimède ». La légende évoque le savant sortant nu de son bain en criant le fameux « Euréka ». Archimède essaie, à l’aide de ses miroirs ardents, de défendre Syracuse lors du siège des Romains qui luttent contre les Carthaginois alliés à Syracuse (ce sont les guerres puniques). Il est dit dans des textes qu’on ne pouvait attaquer Syracuse qu’après le coucher du soleil, est-ce un indice suffisant prouvant l’efficacité des miroirs ardents ? Archimède est tué par un soldat romain, en –212, malgré l’ordre de l’épargner du consul Marcellus qui prend la ville. En ce qui concerne les traces d’Archimède à Syracuse, Cicéron lors de son enquête en Sicile sur Verrès, administrateur douteux (ou « véreux »), dit avoir trouvé à Syracuse, dans l’herbe, une tombe qu’il attribue au grand savant, où étaient inscrits les trois symboles géométriques : la sphère, le cylindre, le cône. Le théâtre grec de Syracuse (Ve siècle av. JC.) creusé dans la pierre, est dominé par une nécropole sicule, dite Grotticelli, où le roc est lui aussi creusé de niches renfermant des tombes romaines. L’endroit, considéré actuellement comme un columbarium romain du IIe siècle ap. JC, est appelé tombe d’Archimède, mais rien n’est moins sûr. Archimède a été tué sur une plage où il dessinait des figures. Les plages de Syracuse ont changé d’endroit depuis, on pense qu’il s’agissait d’une plage donnant du côté de Catane d’où arrivèrent les Romains.

<a id="p17"></a> SYRACUSE et l'occupation arabe

En 652, 20 ans après la mort du prophète, les Arabes abordent en Sicile. Olympe, exarque de Ravenne, est tué en Sicile en combattant les Arabes. En 651, Constant II, empereur de Constantinople, fait arrêter le pape Martin, l’accusant de collusion avec les musulmans, et le fait amener à Constantinople où il meurt. Pour surveiller l’influence musulmane, Constant II vient à Rome puis à Syracuse en 663. Très impopulaire, victime d’un complot, il périt ébouillanté aux bains de Daphné à Syracuse (668).

<a id="p18"></a> Héphaïstos auprès des volcans siciliens.

Héphaïstos est le premier fils d’Héra et de Zeus, il est même dit qu’il serait né d’Héra seule, sans le secours d’aucun principe mâle. Furieux, Zeus a précipité le bébé du haut de l’Olympe. La chute dure un jour, mais étant immortel, Héphaïstos reste seulement boiteux des deux jambes. Héphaïstos est le maître des arts de la forge, du travail des métaux. Infatigable, dans l’antre des volcans des îles Eoliennes et de l’Etna, aidé des cyclopes, il est capable avec un peu de fer d’accomplir des merveilles. Les dieux lui commandent armes et bijoux. Bien que disgracieux et handicapé, Héphaïstos a les plus belles femmes, ainsi son épouse légitime n’est rien d’autre qu’Aphrodite. Celle-ci le trompe, avec, en particulier, Arès, le dieu rapide. Pour se venger, Héphaïstos fabrique un filet invisible qui se referma autour du lit d’Aphrodite au moment fatidique. Héphaïstos convoque tous les dieux au spectacle. Dès sa délivrance, Aphrodite s’enfuit, sous le rire inextinguible des autres dieux, mêlé d’admiration pour l’art prodigieux d’Héphaïstos.

<a id="p19"></a> Ulysse, l'ETNA et les cyclopes

Ulysse mettra 10 ans pour rentrer de Troie en Ithaque. Son bateau échoue d’abord en Thrace, où il massacre tous les habitants sauf un prêtre d’Apollon, Maron, qui lui donne en remerciements 12 outres de vin doux et fort. Ulysse repart avec ses compagnons et trouve, près de l’Etna, une caverne pleine de provisions où ils pourront ranger aussi les outres de vin. Malheureusement la caverne est habitée et Ulysse est prisonnier des cyclopes, fabricants de foudre, maniant leurs énormes soufflets en cuir de taureau, forgerons fabuleux, pasteurs anthropophages, géants à œil unique, proches d’Héphaïstos. Polyphème est le plus fameux des cyclopes, c’est le fils de Poséidon. Ulysse offre du vin [7] à Polyphème qui demande son nom à Ulysse : je m’appelle Personne répond Ulysse. Polyphème exige alors qu’Ulysse lui livre tous les jours deux compagnons qu’il mangera le soirs. Mais en remerciement du vin, il propose qu’Ulysse soit mangé le dernier. Puis enivré, Polyphème s’endort. Ulysse prend un pieu, le rougit et aveugle Polyphème dans son sommeil. Qui a fait cela ? demandent les cyclopes à leur retour. Polyphème répond aux autres cyclopes que c’est Personne qui l’a aveuglé. Ulysse s’enfuit de l’antre des cyclopes avec ses compagnons en s’agrippant au ventre des moutons. Polyphème a pourtant tâté le dos des moutons et ne s’est pas aperçu qu’Ulysse et ses compagnons étaient agrippés par en dessous. Poséidon, père de Polyphème, fou de rage, souffle sur la mer, c’est Eole qui se lève.

<a id="p20"></a> Les îles EOLIENNES, Ulysse et l'outre des vents d'Eole

Le dieu Eole, après son départ du Métaponte, fut accueilli aux îles Eoliennes par le roi Liparos, fils d’Auson, qui lui donna sa fille Cyané en mariage, alors que lui-même se rendait à Sorrente, dans la baie de Naples. Ulysse gagne l’île du dieu du vent Eole. Celui-ci offre à Ulysse une outre où sont enfermés tous les vents contraires. Seule est restée libre une bise qui doit le ramener directement en Ithaque. Mais ses compagnons curieux, croyant y trouver un trésor, ouvrent l’outre des vents pendant le sommeil d’Ulysse et les vents se déchaînent, l’emmenant très loin d’Ithaque avec ses compagnons.

<a id="p21"></a> Ulysse et les troupeaux du soleil

Hélios, dieu du soleil, est le fils des Titans Hypérion et Théia. Il est le frère d’Eos (l’Aurore) et de Séléné (la Lune). Il est l’époux de Perséis, fille d’Océan et de Téthys, et a pour fille Circé la magicienne et Pasiphaé, femme de Minos. Hélios possède des troupeaux de bœufs blancs aux cornes d’or sur l’île de Tinacrie ou île du soleil (Sicile). Ulysse accoste cette île lors de son voyage de retour vers Ithaque. Le devin Thirésias (de Thèbes, il proposa que le vainqueur du Sphinx épouse Jocaste et règne sur Thèbes) et Circé (qui eut un fils d’Ulysse et changea en pourceaux ses compagnons) l’ont averti : il est interdit de toucher aux troupeaux sacrés. Cependant, pendant le sommeil d’Ulysse, ses compagnons affamés, abattent des vaches. Hélios _réclame vengeance auprès de Zeus et celui-ci ne protège plus le navire d’Ulysse, qui est entraîné par le courant de Charybde. Ulysse se retient heureusement au figuier situé à l’entrée de la grotte où se trouve le monstre Charybde. Lorsque le mât de son bateau vomi par Charybde réapparut, Ulysse le saisit et put continuer son voyage.

<a id="p22"></a> Charybde et Scylla à MESSINE

Messine est fondée, selon la légende, par le géant Orion. Au détroit de Messine sévissent Charybde, le tourbillon, et Scylla, le rocher ou monstre à 6 têtes. Les navigateurs étaient soit pris dans le tourbillon de Charybde, soit étaient projetés sur le rocher de Scylla d’où la fameuse expression : tomber de Charybde en Scylla.
Scylla, fille de Typhon et d’Echnida ou de Phorcys et d’Hécate. Son corps est à sa partie inférieure entourée de 6 chiens féroces qui dévorèrent 6 compagnons d’Ulysse.
Charybde : fille de Gaia et de Poséidon. Elle dévora les troupeaux de Géryon ramenés par Héraclès. Zeus la punit en la frappant de sa foudre et en la précipitant dans la mer où elle devint un monstre. Trois fois par jour, elle absorbait une grande quantité d’eau de mer, avalant tout ce qui flottait. Puis elle rejetait l’eau absorbée.
Les Argonautes passèrent par le détroit de Messine (les Roches Planctes).
Ulysse réussit à naviguer entre Charybde et Scylla, il y perdit six compagnons et fut le seul rescapé.
Au XVIIIe siècle, on arrive à expliquer le tourbillon par des phénomènes de basculement de plaques terrestres sur lesquelles reposent l’île et l’Italie continentale. Le terme de bradyséisme est utilisé actuellement pour caractériser ces phénomènes géologiques. Les flux marins ont été modifiés mais non supprimés lors du tremblement de terre de 1908.
Les Gorgones sont des monstres marins à la tête effroyable entourée de serpents. Leurs yeux énormes pétrifiaient ceux qui osaient les regarder. La Gorgone la plus connue et la seule mortelle est Méduse. Le cheval ailé Pégase est né du sang de Méduse décapitée par Persée. L’enseigne de la Sicile est une Gorgone où les serpents ont été remplacés par 3 jambes.

<a id="p23"></a> MESSINE et Nicolas

La légende raconte l’histoire de Nicolas fils d’un pauvre pêcheur qui réussit à retrouver la couronne d’or du roi tombée au fond de la mer. Il fit ensuite le tour de la Sicile et constata que celle-ci reposait sur 3 colonnes mais que l’une d’elle, près de Messine, était presque cassée. Nicolas soutient donc la Sicile à cet endroit à bout de bras et étant parfois fatigué, il change de bras, ce qui explique les tremblements de terre fréquents sur l’île.

<a id="p24"></a> MESSINE et les espadons

Au large de Messine on pêche l’espadon sur des bateaux qui ont une passerelle située très haut dans les mâts de façon à voir de loin des espadons. On raconte que les espadons ne comprennent que la langue grecque. Voici pourquoi. La légende raconte que, après la chute de Troie et la défaite d’Achille, ses soldats se jetèrent à la mer. La nymphe, mère d’Achille, eut pitié d’eux et les sauva en les transformant en poisson, et fixa leur épée au bout de leur nez en signe de reconnaissance. Il est donc habituel que, la pêche à l’espadon terminée, le pêcheur fasse le signe de la croix. Les espadons sont monogames et nagent souvent en couple. Le pêcheur vise la femelle qui est plus grosse que le mâle. Une fois la femelle prise il est plus facile d’attraper le mâle qui, fidèle en général, suit le bateau qui vient d’embarquer la femelle. Il paraît que si le mâle est tué en premier, la femelle n’a pas le même comportement et s’enfuit. Est-ce un réflexe pour conserver l’espèce ?

<a id="p25"></a> Héraclès à MESSINE et en Sicile

Héraclès, fils de Zeus et de la mortelle Alcmène, est né en même temps qu’Iphiclès, fils d’Alcmène et d’Amphitryon. Alcmène est la petite fille de Persée et d’Andromède.
Hermès, sur ordre de Zeus, amène le nourrisson à Héra pour qu’elle l’allaite. Héra repousse le jeune Héraclès. Le lait jaillit de la bouche de l’enfant et devient la voie lactée. Désormais, et c’est ce que Zeus voulait, Héraclès est invincible car il a tété Héra. Trop fort, incapable de se contrôler, Héraclès tue ses enfants issus de son mariage avec la fille de Créon, roi de Thèbes. La pythie de Delphes l’enjoint de se soumettre à Eurysthée, cousin d’Iphiclès, qui a hérité du royaume de Mycènes. Eurysthée, pour se débarrasser de l’encombrant Héraclès lui impose douze travaux. Héraclès sera poursuivi durant toutes ces épreuves par la haine d’Héra.
Pour ses dixième et onzième travaux, Héraclès va au bout du monde, en passant par les fameuses « colonnes d’Hercule », jusqu’au Golfe de Cadix. Il s’agit de ramener le troupeau de mille bœufs roux, gardés par le monstre à 3 troncs et 3 têtes, Géryon, dans la région de Gibraltar, pour en faire sacrifice à Héra. Héraclès revient de son voyage par Rome. A Rhégium, un taureau du troupeau s’échappe et franchit à la nage le détroit de Messine séparant l’Italie de la Sicile. Ce taureau ainsi échappé parvient dans la plaine d’Eryx au pays des Elymes. A cette époque, le roi des Elymes était Eryx, éponyme de la ville. Eryx voulut s’emparer du taureau puis du troupeau, mais, bien que champion de lutte et de boxe, et fils de la déesse Aphrodite, il fut tué par Héraclès. Après avoir vaincu Eryx, Héraclès se dirige vers Syracuse. Il institue une fête annuelle pour commémorer l’enlèvement de Kôré par Hadès, près de la source sacrée de Cyané. Il creuse ensuite un lac de 800 mètres de circonférence en dehors des murs de Syracuse pour y installer les sanctuaires d’Iolas, fils d’Iphiclès, et de Géryon. Héphaïstos est, pendant ce temps, commis à la garde du troupeau. De nombreuses sources d’eau chaude, des thermes, comme ceux d’Himère, surgissent pour abreuver les bœufs. Héraclès laisse finalement le troupeau aux mains des indigènes, disant qu’un de ses descendants viendrait en prendre possession. Effectivement une colonie grecque en Sicile fut fondée à l’époque historique [8] .

<a id="p26"></a> NAXOS et Théoclès, le premier Grec en Sicile

Des Grecs se sont installés en Sicile dès le VIIIe siècle avant J.C., attirés par la richesse des terres et le blé abondant. La Sicile fit partie de la Grande Grèce et transmit la culture helléniste aux Romains à partir du IIIe siècle avant J.C. On raconte que le premier Grec arrivé en Sicile fut Théoclès, seul rescapé du naufrage d’un bateau. Avant tout voyage sur mer, il faut faire un sacrifice à Poséidon, dieu de la mer, pour gagner ses faveurs. Malheureusement le foie de la victime [9] n’a pas été bien cuit, ce qui déclenche la colère de Poséidon. Le bateau chavire et seul Théoclès a la vie sauve en s’agrippant à une poutre. Il aborde près de Taormine, à Naxos devenue aujourd’hui Giardini Naxos et fonde la première colonie grecque de Sicile.

<a id="p27"></a> CEFALU, Daphnis et Nomia

Zeus et Maia, fille d’Atlas, engendrent Hermès dieu messager et interprète des dieux. Hermès, très jeune, invente la lyre à partir d’une carapace de tortue et le syrinx (la flûte de Pan). Daphnis, demi-dieu sicilien des troupeaux, fils d’Hermès et d’une nymphe, fut élevé par les nymphes. Il était très beau, il jouait admirablement de la musique et composait des chansons en gardant ses moutons car il était berger. Il mourut jeune à cause d’une nymphe, Nomia, qu’il aimait et qui l’aimait. Malheureusement, la fille du roi de Sicile tomba amoureuse de Daphnis, et pour parvenir à ses fins elle l’enivra et s’unit à lui. Nomia, pour se venger, aveugla Daphnis. Dès lors il ne chanta plus que des chansons tristes. Nomia le transforma alors en rocher. La tête de Daphnis repose ainsi près de la mer, c’est le rocher dominant la ville de Cefalu (Kephalion signifie tête en grec).

<a id="p28"></a> PIAZZA ARMERINA, Arion et les dauphins

A Villa Casale, villa romaine célèbre pour ses mosaïques, une scène représente un joueur de lyre richement vêtu, sur la proue d’un bateau, alors que des dauphins nagent dans la mer. Ceci évoque la légende d’Arion racontée par Hérodote. Arion, fameux joueur de lyre est né dans l’île de Lesbos et est remarqué par le roi de Corinthe, Périanthe. Arion fait un long séjour en Italie et en Sicile où il devient célèbre par son jeu de lyre qu’il accompagne de sa belle voix. Un bateau corinthien accostant, Arion décide d’en profiter pour rentrer chez lui. Mais le bateau parti, il s’aperçoit que les marins veulent le tuer pour s’emparer de ses bagages qui contiennent des trésors. Il supplie les marins de lui laisser la vie sauve, qu’il leur donnerait tous ses trésors. Ils refusent et acceptent seulement de ne pas salir leurs mains de son sang s’il se jette de lui-même à la mer. Arion leur demande de jouer une dernière fois de sa lyre à l’avant du bateau, habillé de ses plus beaux habits. Les marins acceptent et Arion se jette à la mer une fois son dernier morceau de lyre joué. Merveilleusement il tombe sur le dos d’un dauphin qui rodait autour du bateau, et ce dauphin le ramène à Corinthe. Le roi de Corinthe, Périanthe, le reconnaît mais ne croit pas à son histoire et fait mettre Arion en prison. Cependant, pris d’un doute, Périanthe fait venir les matelots qui viennent d’accoster et leur demande des nouvelles d’Arion. Les matelots répondent qu’Arion est devenu célèbre et riche, dans ces villes lointaines. A ces mots Arion apparaît avec sa lyre et ses beaux habits, confondant les marins qui doivent avouer leur crime. L’histoire du joueur de lyre et des dauphins est alors connue de tout Corinthe et de Lesbos, on y fait même élever une statue représentant un dauphin portant un homme et sa lyre sur le dos.

<a id="p29"></a> SEGESTE et les Elymes, enfants de Troie

Après la guerre de Troie (1250 av. JC), les Troyens envoient leurs enfants à l’étranger car Apollon et Poséidon, furieux qu’ils refusent de donner de l’argent pour reconstruire le mur de leur ville, exigent qu’on leur livre en pâture des jeunes gens. Ségeste, une jeune troyenne, est ainsi envoyée, avec des marchands, en Sicile. Là, le demi-fleuve, Crimisos, sous la forme d’un chien ou d’un ours, l’épouse et engendre Egeste, fondateur de la ville Egeste ou Ségeste sur le mont Barabaro.
Enée, fils d’Aphrodite et du troyen Anchise, devient prince par son mariage avec la fille du roi Priam de Troie. A la fin de la guerre, il s’enfuit de Troie incendiée par les Grecs, passe par Carthage puis la Sicile, où Egeste l’accueille favorablement. Après son passage en Sicile, Enée va en Italie où il fonde Rome avec des Troyens rescapés [10] . Les descendants d’Enée fondent la nation romaine.
Elyme est un enfant bâtard d’Anchise et un compagnon d’Egeste avec lequel il fonde plusieurs villes de Sicile. Il donne son nom à la colonie troyenne immigrée, noyau du peuple Elyme. Les Elymes sont des mangeurs de millet et sont regardés de haut par les Grecs de Sicile, mangeurs de blé.

<a id="p30"></a> SEGESTE, SYRACUSE et la guerre du Péloponnèse

Au Ve siècle av. JC., Athènes mène une politique d’expansion maritime et se tourne vers l’Italie et la Sicile. On assiste bientôt au conflit entre Athènes, démocratie avec un empire maritime, et Sparte, oligarchie avec des alliés continentaux : c’est la guerre du Péloponnèse (-431,-404) qui se termine par la chute d’Athènes. En –437, les Athéniens décident une expédition vers la Sicile, menée par Alcibiade et Nicias, deux stratèges athéniens. Nicias bien que partisan de la paix, se laisse entraîner par Alcibiade. Les Athéniens s’installent à Réghion, obtiennent le soutien de Messine. Mais Hermocrate, de Syracuse, réussit à convaincre les villes siciliennes de s’unir. Les Athéniens rentrent chez eux. Une deuxième expédition des Athéniens vers la Sicile est décidée, à l’appel de Ségeste. Ségeste a un port superbe, actuellement appelé Castellammare del Golfo, convoité par Sélinonte. Ségeste, pour attirer les Athéniens, se fait passer pour plus riche qu’elle n’est : on construit un temple, on reçoit les émissaires grecs en grande pompe : chaque famille les reçoit avec sa vaisselle d’or. En fait un seul service de table en or a circulé de famille en famille pour recevoir la délégation grecque. Cette fois encore, Alcibiade se flatte de vaincre facilement, envisageant de conquérir la Sicile et d’aller ensuite jusqu’à Carthage. Mais Alcibiade, personnage flamboyant, est impliqué dans des affaires à Athènes : des piliers à tête d’Hermès ont été profanées et les « mystères d’Eleusis » ont été divulgués. Un navire va le rechercher pour le juger. Alcibiade s’enfuit et se réfugie à Sparte. Il trahit Athènes en conseillant Sparte qui soutient Syracuse. En – 413, la flotte athénienne, conduite par Nicias, est détruite au large de Syracuse. Athènes perd 50 000 hommes et 200 trières (navires). Les prisonniers athéniens sont condamnés à travailler dans les Latomies (carrières de pierres) de Syracuse. La plupart y périssent de faim, de soif, de mauvaises conditions d’hygiène. Quelques années plus tard, Syracuse ne peut empêcher Carthage de détruire Agrigente et Sélinonte.

<a id="p31"></a> CARTHAGE et Didon

Le problème historique de la fondation de la ville. Carthage a été fondée au IXe siècle av. J.C. (en –814) par Didon, princesse de Tyr en Phénicie, sœur de Pygmalion. Celui-ci a assassiné l’époux de Didon, Sichée, pour prendre le pouvoir. Elle s’enfuit, entourée de Phéniciens, et accoste en Afrique du Nord, à l’emplacement de Carthage. Didon demande au roi de Numibie, Iarbas, une terre pour s’y établir. Iarbas, réticent, consent à ce qu’elle ne prenne que la grandeur de terre délimitée par une peau de bœuf. Didon fait alors découper la peau de bœuf en lanières très fines.
Le problème mathématique posé pour la fondation de la ville. On a montré que la plus grande surface limitée par une longueur fixée est un disque. La démonstration, dite de la propriété isopérimétrique du cercle, est due à Zénodore (entre –200 et +300 ?) (ceci est cité par Théon dans l’Almageste de Ptolémée et par Pappus), et sera complétée par Weierstrass à la fin du XIXe siècle. En prenant astucieusement un terrain en forme de demi-disque au bord de la mer (ce bord étant supposé rectiligne), Didon multiplia encore par 2 la surface acquise.
La mort de Didon. C’est ainsi qu’une colonie phénicienne fonda Carthage. On a deux versions de la mort de Didon. Première version : elle meurt en se jetant dans un bûcher pour échapper à Iarbas, qui voulait l’épouser. Deuxième version [11] : en se poignardant sur un bûcher par dépit de ne pouvoir épouser Enée, qui, enfui de Troie après la victoire d’Agamemnon, passe par Carthage et la Sicile avant de gagner l’Italie sur l’injonction de Jupiter, où il fonde la nation romaine. Curieusement, on retrouve l’histoire d’Enée dans les arguments de Copernic pour évoquer la relativité du mouvement et ainsi induire que ce n’est pas forcément le soleil qui tourne autour de la terre mais l’inverse. En effet il est dit dans l’Enéide, qu’Enée, pensant au désespoir de Didon lorsqu’il quitte Carthage pour aller vers Rome, ne sait pas si c’est son bateau ou le rivage qui s’éloigne.
Carthage est vite indépendante. Gouvernée par une monarchie héréditaire. Elle domine d’abord les colonies phéniciennes de Méditerranée puis s’impose aux Numides et Maures d’Afrique du Nord, et s’allie aux Berbères qui lui fournissent des mercenaires. Elle se heurte aux ambitions des colonies de la Grande-Grèce qu’elle bat à Alalia (Aléria en Corse, les Carthaginois sont alors alliés aux Etrusques) en –535, mais est vaincue à Himère (-480) en Sicile. Carthage crée alors un territoire en Libye. Plus tard Hannibal, parti de Carthage qu’il gouvernait, va à la conquête de Rome (guerres puniques) en passant les Alpes (avec ses éléphants !).

<a id="p32"></a> Les principales divinités grecques

Aphrodite (Vénus) déesse qui insuffle le désir ou la vie, fille de Cronos et Rhéa, mère d’Eros.
Apollon (Phébus), dieu de l’ordre et de la stabilité, dieu des médecins, des architectes, incarne la jeunesse, fils de Zeus et de Leto, jumeau d’Artémis, père d’Eros.
Arès (Mars) dieu de la guerre, fils de Zeus et Héra.
Artémis (Diane) déesse de la chasse et des accouchements, fille de _ Zeus et de Léto, sœur jumelle d’Apollon.
Athéna (Minerve) déesse de l’intelligence, de la guerre, son symbole : l’olivier et la chouette, fille de Zeus et de Métis (elle-même fille d’Océanos).
Cronos (Saturne), le temps, père de Zeus, Poséidon, Hadès, fils de Gaia et Ouranos.
Déméter (Cérès), déesse des moissons et de la fécondité, fille de Cronos et Rhéa.
Dionysos (Bacchus) dieu populaire du théâtre, son symbole : la vigne et le vin ; il brouille les frontières, est insaisissable, fils de Zeus et de Sémélé.
Gaia, la Terre, mère de Cronos.
Hadès (Pluton) dieu des enfers, fils de Cronos et Rhéa.
Hébé déesse de la jeunesse, fille de Zeus et Héra.
Héra (Junon) déesse des mariages, préside aux enfantements, fille de Cronos et Rhéa, épouse légitime de Zeus.
Héraclès (Hercule) fils de Zeus et Alcmène.
Hermès (Mercure) messager et interprète des dieux, fils de Zeus et de Maia.
Héphaïstos (Vulcain) dieu du feu, fils de Zeus et d’Héra.
Hestia (Vesta) déesse du foyer domestique, fille de Cronos et Rhéa.
Kôré (Proserpine) (Perséphone), épouse d’Hadès, fille de Zeus et de Déméter.
Océanos (Océan) l’eau.
Ouranos (Uranus) le ciel, époux de Gaia.
Poséidon (Neptune), dieu de la mer, son symbole : le trident, fils de Cronos et Rhéa, époux d’Amphitrite.
Zeus (Jupiter) père et roi des dieux, dieu de la foudre, fils de Cronos et Rhéa, époux légitime d’Héra, il eut bien d’autres conquêtes.

<a id="p33"></a> Poètes et auteurs

Cicéron (-106,-43), Verrines.
Diodore de Sicile (Ier siècle av. JC), auteur de la Bibliothèque, histoire universelle en 40 livres.
Eschyle (-524, -456), Les Perses.
Gorgias (-480,-375), sophiste.
Hésiode, Théogonie. Les travaux et les jours, VIIe siècle av. JC.
Homère, l’Iliade et l’Odyssée, IXe ou VIIIe siècle av. JC.
Pindare de Thèbes (-518, -438), poète lyrique.
Platon (-427,-347), philosophe.
Stésichore (-632, -556), poète sicilien que l’on vient de découvrir.
Théocrite (vers –300), poète de cour de Syracuse.
Thucydide (-466,-395), premier historien, athénien contemporain du siècle de Périclès (-460,-430), consacre dans son « Histoire de la guerre du Péloponnèse » deux livres à l’expédition des Grecs en Sicile.
Virgile, l’Enéide.

<a id="p34"></a> Bibliographie

Fernand Braudel, Les mémoires de la Méditerranée, Editions de Fallois, Paris, 1998.
Devereux Georges, Femmes et mythes, champs Flammarion, 1988.
Ariane Eissen, Les mythes grecs, Belin, 1994.
Marie-Odile Fordacq, Les douze travaux d’Hercule, Tourbillon, 2004.
Pierre Grimal, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, PUF, 1994.
PierreGrimal, La mythologie grecque, Que sais-je ? 1999.
Stephan Hildebrandt et Anthony Tromba, Mathématiques et formes optimales, Belin, pour la Science, 1991.
Pierre Lévêque et Louis Séchan, Les grandes divinités de la Grèce, Armand Colin, 1990.
Platon, Le banquet, Le livre de poche classique, 1967.
Jacqueline de Romilly, Alcibiade, Editions de Fallois, 1995.
Suzanne Saïd, Approches de la mythologie grecque, Nathan Université, 1994.
Le grand guide de la Sicile, Gallimard, 1994.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Sicile

[1Zeus donnera plus tard l’égide à sa fille aînée, Athéna

[2La région d’Enna, riche en blé, était alors très prospère. Le déboisement commencé par les Romains, et les variations climatiques en font une région bien plus pauvre actuellement

[3Déméter aurait, une fois sa fille retrouvée, donné au fils du roi d’Eleusis le premier grain de blé et lui aurait appris à le faire fructifier. Les « mystères d’Eleusis » furent longtemps célébrés à Athènes.

[4Les habitants les plus anciens de la Sicile sont les Sicanes, arrivés au paléolithique, d’origine asiatique, Sicanie®Sicile. Puis les Sicules viennent au –XVe, -Xe siècle, ils sont d’origine ibérique. Puis les Elymes, d’origine troyenne ou anatolienne s’y implantent, d’après la légende, après la chute de Troie vers 1230 av. JC. Puis les Phéniciens (-858) arrivent, via Carthage. Les Grecs fondent ensuite des cités pour régler leurs problèmes agraires, les disettes étant fréquentes en Grèce, et ouvrir des comptoirs de commerce comme à Messine.

[5Pythagore (né à Samos) aurait vécu à Crotone, au Sud de l’Italie, au VIe s av. JC. Euclide vécut au IIIe siècle av. JC. à Mégare, près de l’Isthme de Corinthe, en Grèce.

[6Epire : contrée de la péninsule des Balkans comprenant la partie NO de la Grèce et la zone Sud de l’Albanie. Royaume des Molosses. Atteint son apogée sous le règne de Pyrrhus II au début du III e siècle av. .JC.

[7Une mosaïque de Villa Casale près de Piazza Armerina représente cette scène.

[8On dit aussi qu’Héraclès a fondé Alésia, et qu’il a eu, de la fille d’un chef gaulois, un fils : Galatès, fondateur de la Gaule.

[9Les sacrifices humains existaient chez les Grecs très anciens.

[10Les Francs prétendent descendre du Troyen Francus et le Troyen Brutus est, dit-on, l’ancêtre du roi d’Angleterre

[11Voir l’opéra Didon et Enée, Henri Purcell, 1689.


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